[Analyse] Des tentatives de réintégrer les boutiques dans l’économie du crowdfunding

Aujourd’hui j’avais envie de vous parler d’un sujet un peu particulier qui est  l’intégration des boutiques dans sa stratégie de crowdfunding. Pour plein de raisons sur lesquelles je ne vais pas m’étendre aujourd’hui, je suis plutôt contre le pledge boutique sur les campagnes que je gère dans le sens ou généralement ces pledges font plus de mal que de bien, peu importe la manière dont ils sont présentés.

Néanmoins, de plus en plus d’éditeurs lançant  des campagnes Kickstarter, et encore plus les habitués de ce moyen de financement, essayent de trouver des solutions pour réintégrer les boutiques dans l’économie globale du crowdfunding. J’ai donc décidé de vous parler aujourd’hui de deux exemples de campagnes récentes dont j’ai trouvé la manière de gérer l’offre boutique particulièrement intéressante, et pourtant totalement différente.

Cool Mini or Not – Massive Darkness

Je vais commencer par la dernière en date et surtout celle qui a déclenché cette envie d’écrire le billet : Massive Darkness de CMoN. Même si c’est très frais et que l’on a pas toutes les infos ni les détails, les grandes lignes de leur offre réservée aux boutiques ont été dévoilées hier  :

  • Elles bénéficieront de 40% de remise sur le montant du pledge (on ne sait pas si elles auront accès aux add-ons)
  • Elles n’engageront que $100 sur la campagne, le reste sera à payer peu avant la livraison. Cette idée est à mon sens particulièrement intéressante car elle va résoudre une des principales problématiques de KS pour les boutiques qui est la durée d’engagement de la trésorerie.
  • Seules les boutiques en dur (américaines, mais pour des raisons logistiques uniquement a priori) pourront accéder à l’offre, et avec une limite de 12 pledges, ce qui va éviter de se retrouver inondé de pledges bradés sur les boutiques en ligne.
  • Elles auront des clauses assez strictes pour éviter la revente spéculative (Ebay par exemple), cette clause inclu a priori l’interdiction de découper le pledge. A vérifier quand on en saura plus, mais je présume que le prix de vente minimum sera bordé aussi.
  • Il y aura un planning théorique de mise a disposition : les backers d’abord dès que tout sera disponible, plus les boutiques ayant participé à la campagne recevront leurs pledges deux semaines avant la sortie officielle, les autres recevront leurs boîtes pour la date de sortie officielle. Evidemment, si les choses se passent mal comme pour Black Plague ça ne changera pas grand chose, mais en général il y a un mois environ entre la réception par les soutiens et la sortie boutique, les boutiques ayant participé seraient donc entre les deux.

Voilà en gros ce que l’on sait au jour d’aujourd’hui sur leur offre, à voir déjà si tout se passera bien, si elle sera reconduite lors des prochaines campagnes, et si c’est le cas les conditions exactes. Je ne sais pas pour vous, mais personnellement je trouve cette approche vraiment très intéressante pour les petites boutiques locales, avec un vrai deal win-win entre CMoN et la boutique en dur.

Evidemment ce revirement n’arrive probablement pas par hasard la première année où CMoN annonce avoir plus de sorties hors Kickstarter que sur Kickstarter, et où ils ont probablement besoin d’avoir un réseau de distribution solide aux US…

La Boite de Jeu & Blackrock – Outlive

Là le modèle est différent, mais vraiment différent ! Le principe pour cette campagne est que la boutique de jeux de société devient une sorte de relais colis pour du jeu de société, et qu’elle est rémunérée pour ce faire. Petite revue du principe que l’on a eu de la part de Benoit sur les forums Tric-Trac et Cwowd (c’est un résumé, il y en a peut-être eu plus) :

  • Le principe de base est que le backer ne paye pas de frais de port pour un retrait boutique.
  • La boutique sera rémunérée pour donner les jeux aux backers, a priori un montant significatif, probablement inférieur à sa marge mais elle n’aura ni trésorerie à avancer ni risque à assurer.
  • C’est le distributeur Blackrock qui assurera la distribution aux boutiques (gratuitement a priori) avec leurs commandes habituelles.
  • Les boutiques pourront bénéficier de l’offre 12+1 sur les pledges. C’est à dire que actuellement si elles commandent 12 jeux l’éditeur offre le treizième. Là si elles ont 8 pledges, il leur suffira d’en commander 4 pour avoir 1 jeu offert.
  • Pour financer tout ça c’est à priori assez simple, comme j’en parlais (ici) sur ce type de pledge. Il n’est pas possible de facturer intégralement les frais de port au backer, l’éditeur en prend une partie souvent significative à sa charge et c’est cette partie qui va être reversée aux boutiques.

Voilà, une solution totalement différente, mais qui permet malgré tout de réintégrer là aussi la boutique de proximité dans l’économie Kickstarter en lui offrant de la marge sur un client dans sa zone de chalandise, même si elle n’a pas fait la vente. D’accord, la marge est probablement un peu inférieure à une vente mais l’économie est suffisante pour motiver le backer, même si il n’est pas client de la boutique, à venir y retirer son jeu. Donc au final, je pense que le deal est vraiment là aussi win-win entre l’éditeur et la boutique.

Pour conclure

On parle depuis pas mal de temps, et on se rend bien compte que c’est une vraie problématique au goût du jour, du fait d’avoir une solution à offrir aux boutiques pour les réintégrer dans l’économie du crowdfunding. La problématique de l’intégration des boutiques est de fluidifier par la suite l’arrivée du jeu dans le circuit traditionnel, car elles sont en général frileuses pour proposer ce type de jeu.

Bien évidemment, il existait les “pledge boutique” classiques avec une offre à peine meilleure que celle qu’elles auraient en attendant l’arrivée du produit chez leur distributeur, mais de mon point de vue ce n’était pas une vraie solution.

Je ne sais pas si les solutions que l’on voit apparaître (dont celles que je vous ai présenté) vont révolutionner la relation des boutiques au crowdfunding, mais personnellement je trouve qu’elles ont le mérite d’explorer de nouvelles voies… Et vu qu’à  mon avis de toutes façons il faudra à un moment intégrer le réseau classique dans la boucle pour que le marché du crowdfunding de jeux de société continue de croître de manière significative, je pense que toutes ces tentatives ont l’avantage d’aller dans le bon sens.

Et vous, que pensez-vous de ces solutions, en avez-vous vu passer d’autres plus ou moins originales qui remettaient les boutiques dans la boucle ?

3 thoughts on “[Analyse] Des tentatives de réintégrer les boutiques dans l’économie du crowdfunding

  1. Comme indiqué, si les deux méthodes utilisées en exemple sont complètement différentes, elles vont chacune dans la bonne direction !

    Il va falloir attendre un peu pour voir comment tout cela se déroule, mais je trouve bénéfique d’essayer de réintégrer les boutiques dans la boucle afin de pérenniser des jeux/marques dans le long terme, et évidement dans le cas de CMON qui se diversifie, le bon contact avec le Retailer va forcement devenir plus important ^^

    En tout cas pour ma part sur Outlive je vais effectivement utiliser l’Option de livraison en boutique, avec ma boutique (très) régulière qui participe !
    Et pour CMON en tant que Backer sur Massive Darkness je ne me sens ni floué ni trahi, je trouve cela bien et à priori fait plutôt intelligemment !

    Dans le même genre, il y a la campagne de Hope qui fait aussi un pas dans cette direction en ce moment (mais en un peu plus restrictif avec gros pledge obligatoire à ce que j’ai compris)

      1. Pour ce que j’en ai eu comme info, l’offre est sur le pledge Commander uniquement et avec un nombre de boite mini à 5. Le prix qui m’a été proposé corresponds grosso modo au prix KS, et comme on a pas de frais de port pour la France, je comprends pas trop l’utilité hormis une galère de moins à gérer coté livraison 😀

        Après le jeu m’attire pas depuis le début, donc j’ai pas gratté plus loin avant de peut être l’essayer en version revisitée à PEL ^^

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